Léa Barbazanges

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Du 13 octobre 2021 au 30 janvier 2022, le musée Ziem consacre une exposition à Léa Barbazanges, jeune plasticienne qui, à cette occasion, présente son travail pour la première fois dans le sud de la France.

Surface d’aigrettes de pissenlit (détail), 2010
Surface d’aigrettes de pissenlit (détail), 2010.
3 700 aigrettes fixées par l’akène chaque centimètre sur une plaque de verre, 182 x 108 cm
© Léa Barbazanges

Depuis plusieurs années déjà le musée explore le rapport que les artistes contemporains entretiennent avec le paysage.
En effet, quoi de plus naturel pour cet établissement créé en 1908 en l’honneur de Félix Ziem, peintre paysagiste de la seconde moitié du XIXe siècle ? Considéré comme un orientaliste, annonciateur de l’impressionnisme, voire de l’action painting selon certains, Ziem est bien plus « moderne » qu’il n’y paraît de prime abord. Artiste curieux, expérimentateur, il développe une vision de la nature que l’on pourrait presque qualifier d’onirique. Les empâtements qui lui sont reprochés lors du salon de 1859 sont l’un des traits précurseurs de son travail qui, loin de vouloir retranscrire la réalité, doit la transcender : « Pour qu’un tableau soit heureux, il faut enjamber la nature et faire qu’un mensonge aimable rende la sérénité du vrai sur la toile1. »

Ainsi est-il déjà question de ne pas représenter le réel mais de faire percevoir la réalité non visible au commun des mortels. Les artistes ont sans aucun doute cette faculté de perception, étrangère à un grand nombre d’entre nous. Leur travail peut donc aussi consister à rendre compte de la complexité et de la beauté du monde qui nous entoure. C’est bien là la démarche que l’on retrouve chez Léa Barbazanges.

À cette fin, l’artiste prélève des éléments de son quotidien et en révèle la nature, la structure, la diversité, l’élégance, la douceur, la transparence ou la plasticité. La question de la préservation, inconnue à l’époque de Ziem, s’est invitée depuis dans l’art contemporain. La fragilité d’aigrettes de pissenlit ou de fils d’araignée attire ainsi l’attention sur le devenir de ce patrimoine commun et sur la responsabilité de chacun d’entre nous dans un processus de destruction ou de conservation. En cela, certes, nous sommes bien loin de Ziem et de ses œuvres. Pour autant, le regard porté par l’artiste sur le monde est non seulement émerveillé mais aussi curieux et scrutateur. À l’image d’Hippolyte Taine parlant de Ziem et cité par Edmond About, on pourrait également dire à l’égard du travail de Léa Barbazanges : « Le domaine et les habitudes de l’œil sont transformés et renouvelés. Le sens de la vision rencontre un autre monde2. »

Avec cette exposition, le musée Ziem invite donc à un voyage dans l’invisible, à une incursion sur une planète merveilleuse composée d’ailes de mouches, d’éclats de mica et de poussière de comète, à un périple au sein d’une nature extraordinaire que nous côtoyons pourtant chaque jour sans jamais la voir véritablement.

Au-delà de la splendeur qui nous est ainsi révélée, Léa Barbazanges nous offre la vision d’un univers vivant et complexe, fait de délicatesse et de poésie.

Poussières de comète de la mission spatiale Stardust, 2015
Poussières de comète de la mission spatiale Stardust, 2015
Pastel à l’huile et craie sèche sur papier de coton,
102 x 70 cm Œuvre réalisée avec le soutien de la NASA et du musée de l’Hospice Saint-Roch (Issoudun)
© Emilie Vialet
Page d’ailes, 2005
Page d’ailes, 2005
Ailes de mouches Calliphora vicina assemblées entre elles bord à bord, 29,7 x 21 cm
© Emilie Vialet
Ligne de mica (détail), 2021
Ligne de mica (détail), 2021
Assemblage rétroéclairé de blocs de mica clivés en 12 séquences, 30 x 1400 cm
Œuvre réalisée avec le soutien de la ville de Martigues à l’occasion de l’exposition au musée Ziem
© Wei Xing

1 Félix Ziem, Journal (1854-1898), édition critique établie par Sophie Biass-Fabiani et Gérard Fabre, Arles, Actes Sud, 1994.
2 Edmond About, Le Salon de 1866, Paris, Hachette et Cie, 1867

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