Cette journée thématique, initiée par les musées de Grasse et le CNFPT PACA, a exploré la manière dont les musées peuvent devenir des espaces d’expérience culturelle pour les tout petits. Selon Sylvie Rayna1 , le musée soutient l’humanisation du jeune enfant par la sensorialité, le mouvement et l’émotion, il permet d’apprendre « par corps », nourrit la « vitalité découvreuse2» et contribue à une véritable « santé culturelle3». L’enjeu est social : accueillir les 0 3 ans réduit les inégalités culturelles grâce à la collaboration entre professionnels et familles.
Jessica Cendoya Lafleur4 a expliqué comment l’adulte, parent ou professionnel, assure sécurité affective, ajuste les interactions entre l’enfant, le médiateur et les œuvres, apporte son propre bagage culturel. Ses représentations, souvent centrées sur la transmission de savoirs, négligent parfois l’expérience sensible pourtant essentielle au jeune enfant. La relation adulte enfant conditionne fortement l’attention et l’apprentissage.
Yannick Le Pape5 a présenté l’évolution de l’accueil des tout-petits au musée d’Orsay, inscrite dans l’histoire des actions éducatives. Dans les années 1980, ces initiatives concernaient surtout les enfants scolarisés. L’attention portée aux 0-3 ans s’est affirmée après 2010. Le musée s’inspire aujourd’hui d’idées variées, comme les visites avec doudous. L’accueil des tout-petits devient un enjeu pour les musées et la recherche notamment sur une muséographie adaptée aux 0 3 ans tout en préservant l’expérience des adultes, et qui associe parfois les parents à des temps de réflexion et de test.
Maya Gratier6 a rappelé que tous les sens du fœtus sont actifs avant la naissance, ouvrant la voie aux premiers apprentissages. L’attention du bébé évolue de l’attention mutuelle à l’attention conjointe, et sa sensibilité esthétique se manifeste très tôt : préférences visuelles, auditives, imitation des émotions, goût pour les formes culturelles rencontrées. Les interactions sociales se vivent comme de véritables expériences esthétiques, renforçant plaisir, attention et développement émotionnel.
Sylviane Giampino2 a rappelé que le jeune enfant « respire l’art » au musée dans une immersion polysensorielle. L’expérience, pensée collectivement, permet à l’enfant d’être surpris et ému, déposant en lui une trace fondatrice du désir de culture. Les musées deviennent ainsi des lieux d’accès à la culture qui dépassent les déterminismes sociaux.
La deuxième table ronde a présenté des collaborations concrètes : parcours culturels pour bébés à Montpellier7, poursuivi aujourd’hui avec l’ouverture du centre d’art Mille Formes dédié aux 0 6 ans ; projet valorisant les assistantes maternelles à La Seyne sur Mer8 ; dispositifs sensoriels et projets européens à l’Espace de l’Art Concret9 ; actions olfactives menées par les musées de Grasse10. Tous et toutes ont souligné la nécessité de coconstruire avec les équipes éducatives. Des ateliers pratiques ont conclu la journée en élaborant des projets dédiés aux tout petits. Contact et information sur le sujet : csaillard@paysdegrasse.fr
1 Sylvie Rayna, chercheure associée, EXPERICE, université Sorbonne Paris Nord.
2 Sylviane Giampino, psychologue, psychanalyste, présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence (HCFEA).
3 Sophie Marinopoulos, psychologue clinicienne, psychanalyste.
4 Jessica Cendoya Lafleur, ingénieure d’études et de recherche, université Bordeaux Montaigne.
5 Yannick Le Pape …..
6 Maya Gratier, professeure de psychologie, université Paris Nanterre.
7 Intervention d’Isabelle Falcotoso, éducatrice jeunes enfants, chargée de projets éducatifs et pédagogiques, Montpellier.
8 Intervention d’Hélène Goiran Jousse, éducatrice jeunes enfants, relais petite enfance, La Seyne-sur-Mer.
9 Intervention d’Amandine Briand sur le projet Erasmus+ EARLYPOLY, médiatrice chargée du développement des publics, Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux.
10 Intervention d’Amélie Puget, médiatice culturelle à la direction des publics des musées de Grasse.



