Exposition « Salammbô. Fureur ! Passion ! Éléphants ! »

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Mucem, Marseille du 20 octobre 2021 au 7 février 2022

L’exposition « Salammbô » a vu le jour dans le cadre de l’Année Flaubert à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert.
D’abord présentée au musée des Beaux-arts de Rouen, puis actuellement au Mucem, l’exposition fera l’objet, en 2022, d’une présentation en Tunisie.

Parmi les romans de Flaubert, Salammbô a été choisi comme sujet d’exposition.
Ce deuxième roman (1862) surprit les lecteurs par le thème : un épisode mineur des guerres puniques, la guerre des Mercenaires au IIIe siècle avant J.-C., au cours de laquelle se confrontent Salammbô (personnage inventé par Flaubert), prêtresse de Tanit, fille d’Hamilcar, suffète de Carthage, avec Mâtho, chef des mercenaires libyens.
Comment faire en sorte que cette littérature historico-romantique puisse « faire exposition » ?
Le parcours déroule trois thèmes : La genèse de l’ouvrage, Salammbô et les arts, Après Salammbô, archéologie de la Carthage punique.

La première partie évoque les éléments que Flaubert avait à sa disposition au moment où il attaque son roman (1857).
Les événements du roman tirent leur source des Histoires de Polybe ; la méthode d’écriture qu’il a mise en place relève de l’analogie, sur principe que le comportement humain reste identique quels que soient époques et lieux.
Si Carthage est connue par la mythologie (L’Enéïde) et l’histoire, la réalité archéologique de la cité n’existe pas au moment où Flaubert, conscient de son incapacité à imaginer les contextes, décide d’aller sur le terrain. Son voyage (1858) en Algérie et en Tunisie l’aidera dans ce qu’il lui apporte des lieux réels : la baie de Carthage, le mont Zaghouan, les batailles (Macar, La Hache, Zama)… Le tout consigné dans un carnet noir griffonné au crayon.

Tenture de l’Histoire de Scipion, Manufacture Gobelins, 1688 © Musée du Louvre, RMN, Grand Palais, Philippe Fuzeau

La seconde partie s’intéresse aux arts : Flaubert avait annoncé : « jamais, moi vivant, on ne m’illustrera ». Dès qu’il eût disparu, en 1880, les artistes investirent sur tous les supports : éditions, peintures, aquarelles (Rochegrosse, jusqu’au zaïmph brodé par son épouse), sculptures de Théodore Rivière : il est à noter que le personnage le plus représenté est celui de Salammbô, contribuant ainsi à la création d’un stéréotype de « l’orientale ».

Affiche du film « Salammbô » réalisé par Sergio Grieco, 1960 © Mucem
Dessin de Salammbô, Philippe Druillet, 1980
© Éditions Glenat

Flaubert avait souhaité un opéra. Les délais ne lui permirent pas de le voir réaliser, mais le roman inspira opéras et films. Dernier à transposer Salammbô, Philippe Druillet a inventé un univers interstellaire dans lequel il glisse l’héroïne et restitue les visions de Flaubert.

Couvercle d’un sarcophage, Carthage, IV-IIIe siècle av. J.-C., Musée national de Carthage, Tunisie © Nicolas Fauqué

La dernière partie est un retour aux sources de la civilisation matérielle de Carthage, anéantie par Rome. Les découvertes, après la mort de Flaubert, sont le fruit de la Mission des Pères Blancs avec Lavigerie et Delattre (1885). Elles concernaient surtout les nécropoles puniques, dont les offrandes, peu connues éblouissaient par leur raffinement. La découverte du Tophet de Carthage allait déclencher des polémiques en lien avec le chapitre « Moloch » du roman.
Pour rester en phase avec l’ouvrage, nous avons privilégié deux thèmes : la guerre et la religion, ainsi qu’une époque, le IIIe siècle avant J.-C. Toutes les œuvres présentées – dont la prêtresse Arisatbaal –, viennent des fouilles de Carthage.
À partir des années 1970, la campagne internationale de l’UNESCO allait contribuer à ressusciter la cité la plus puissance de la Méditerranée entre 814 et 146 avant J.-C.

(Commissariat : Sylvain Amic et Myriame Morel-Deledalle : 250 œuvres issues des collections publiques et privées françaises (Paris : Louvre, BnF, Centre Pompidou, Marseille : MAM et Cabinet des Monnaies et Médailles, Rouen), européennes (Munich, Berlin), de l’Institut national du Patrimoine de Tunisie (musée national de Carthage) et plusieurs interviews des membres du Comité scientifique ainsi que des grands témoins sont présentés).

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