Avec près de 400 œuvres d’Albert André (Lyon, 1869 – Avignon, 1954) inscrites à son inventaire et un important fonds documentaire et archivistique qui lui est dédié, le musée laïque d’art sacré du Gard est aujourd’hui le principal dépositaire de l’œuvre du peintre post-impressionniste. L’ampleur de cette collection, conjuguée à la détention des droits d’auteur de l’artiste par le Conseil départemental du Gard, propriétaire du musée, confère à l’établissement une mission permanente de gestion, d’étude, d’enrichissement et de valorisation de ce corpus.
Dans ce contexte, le musée a bénéficié du droit de préemption de l’Etat pour acquérir en vente publique, le 05 février dernier à Paris, une étude préparatoire d’Albert André intitulée Les baigneuses. Cette huile sur toile rejoint ainsi une autre esquisse déjà détenue par le musée d’un tableau dont la version finale a été exposée au Salon d’Automne de 1908 et est aujourd’hui conservée dans une collection privée aux États-Unis. La comparaison entre les versions de travail et le tableau définitif permet dès lors d’éclairer les recherches du peintre. Si la composition générale reste la même avec au premier plan les baigneuses, à l’arrière-plan un paysage boisé et les éléments structurants que sont l’arbre situé à gauche et l’arche du pont, d’autres motifs varient d’une version à l’autre, comme le nombre de personnages et leurs postures.
Les Baigneuses s’inscrivent par ailleurs dans une période charnière de la production d’Albert André, située entre ses œuvres de jeunesse, marquées par l’influence des avant gardes, et le retour à un certain classicisme des années 1920. Réalisée en 1908, l’œuvre affirme clairement la filiation de l’artiste avec la tradition moderne et les grands maîtres qui ont fait de ce thème un terrain d’expérimentation privilégié. Les études préparatoires témoignent notamment de l’influence de Cézanne, disparu deux ans plus tôt et auquel une rétrospective majeure avait été consacrée au Salon d’Automne de 1907. Dans chacune d’elle, la structure du paysage, la construction des volumes et la recherche d’harmonie entre les formes et la couleur traduisent l’attention qu’Albert André porte alors à ces questionnements plastiques hérités du maître aixois, tandis que la version définitive demeure plus classique.
L’acquisition de cette nouvelle esquisse, dont les dimensions plus modestes que celles de la version déjà conservée par le musée laissent supposer qu’elle lui est antérieure, revêt un intérêt particulier. Elle témoigne des recherches plastiques et formelles du peintre et illustre ainsi son processus créatif. Enfin, sa provenance constitue un élément d’intérêt supplémentaire. Elle a en effet appartenu à Georges Édouard Lemarchand, dit Dorival (1871–1939), comédien et collectionneur d’œuvres d’art, dont le musée Albert-André à Bagnols-sur-Cèze conserve le portrait de son épouse peint par Albert André (Portrait de Madame Dorival, 1902).



