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Elément d'escalier d'eau (Châdar)    [ Elément architectural ou décoratif ]
Rappel historique : Bâbur, jeune chef mongol descendant à la fois de Gengis Khan et de Timûr (Tamerlan), s'était emparé de Kabûl en 1504, se fixant ainsi en Afghanistan. Il prend le pouvoir à Delhi en 1526, se rendant maître du Nord de l'Inde et initiant ainsi la fameuse dynastie des Grands Moghols. Ses successeurs Humâyûn (1530-1538 et 1555-1556), Akbar (1556-1605), Jahângîr (1605-1627), Shâh Jahân (1628-1658) et Aurangzeb (1658-1707) se révèleront de grands empereurs, favorisant un épanouissement artistique qui marqua de son empreinte l'Inde du Nord autant que les réalisations des siècles précédents. Au cœur de leurs multiples intérêts esthétiques, l'architecture tient une place importante, avec d'inoubliables mausolées – le célèbre Tâj Mahal, construit en 1632-1643 sous le règne de Shâh Jahân –, des mosquées et des palais fastueux appelés Forts, autant d'édifices exécutés au milieu d'admirables jardins ornés de fontaines spectaculaires comme seul l'art islamique sut les réaliser. L' élément d'architecture acquis par le musée des Arts asiatiques évoque l'esthétique de l'art indien islamique, mélange si particulier d'élégance indienne et d'abstraction géométrique musulmane. C'est à l'art consommé des fontaines que nous renvoie cette pièce, étonnante de finesse et de modernité, à laquelle on peut sans doute imaginer une provenance royale. Il s'agit d'un élément de chute d'eau que l'on pourrait aussi appeler "escalier d'eau" ou "cascade à degrés", destiné à retenir un moment l'eau dans sa course lors de son passage sur le marbre. De telles chutes constituaient un élément favori des jardins, voire des cours intérieures des palais. Selon une technique maîtrisée par les ingénieurs islamiques, l'eau descendait ou coulait sur ces éléments sculptés destinés à lui donner une forme et à produire un son agréable. On en trouve dans le jardin royal du Fort Rouge à Delhi, construit par Shâh Jâhan (1628-1658), tout à fait proches par le dessin, fait qui incite à dater cette pièce de la même époque. Reste à interpréter les inhabituels motifs géométriques allongés pouvant évoquer une forme humaine stylisée. Nous serions tentée d'y reconnaître, pour notre part, une abstraction des remous ou des aspérités des roches constituant le fond des grottes ou des cascades naturelles. Ce châdar d'une éblouissante virtuosité technique évoque l'art délicat de l'Inde moghole, mais au-delà de cette évocation historique, son design à la fois mystérieux et étonnamment moderne en fait une œuvre à part entière, de caractère universel par sa puissance expressive. Marie-Pierre FOISSY-AUFRERE


- Décoratif -
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Informations
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Nom de l'artiste :
Genre : Elément architectural ou décoratif
Domaine 1 : Décoratif
Datation : - / 1600 / 1650
Période : Période moderne (1492-1789)
Provenance :
Dimensions : 1,135 x 0,825 x 0,05 m
Matière : Marbre
Technique : sculpture en bas-relief
Commission FRAM : 1999
N° inventaire : 98.7.1
Expositions
Bibliographie exposition :
Jonas LEHRMAN, Earthly Paradise, Garden and Courtyard In Islam, 1980. Marie-Pierre FOISSY-AUFRERE, "Les achats du musée" et Amina OKADA, "Un châdar moghol" dans Revue du Louvre et des Musées de France, n° 2, 2000, pp. 48-53.