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Daim et daine affrontés    [ Ustensile ]
Cette paire de cervidés, un daim et une daine, brillants de l'éclat symbolique de l'or, flanquaient à l'origine une roue de la Loi, au-dessus du portail d'entrée d'un monastère tibétain, dont ils consacraient les lieux, image se détachant sur les vastes paysages montagneux du Toit du monde. Rencontrée dès les environs de l'ère chrétienne en Inde, cette représentation est ancienne ; elle ne cessera d'être répétée, peinte ou sculptée et prendra dans certains cas, au Tibet, une ampleur monumentale. En effet, ces grands emblèmes bouddhiques émergeant des toitures recouvertes de cuivre ouvragé, évoquent un moment historique fondamental : le premier sermon du Bouddha Sakyamuni après son Illumination, dans le parc des daims à Sarnath, près de Bénarès, en Inde. C'est là qu'il évoqua pour la première fois la Roue de la Loi ou du Dharma, et enseigna les "quatre nobles Vérités" : à savoir la constatation de la souffrance humaine, la cause de cette souffrance qui est le désir, la cessation de cette souffrance que procure la liberté parfaite ou nirvâna, et la Voie qui y conduit. Les daims apparaissent fréquemment dans les récits bouddhistes car le Bouddha lui-même s'incarna en daim dans une de ses vies antérieures. Ici ils symboliseraient les premiers disciples à recevoir la doctrine et qui, à l'écoute du sermon furent aussitôt illuminés eux-mêmes. La corne unique surmontant la tête du mâle serait d'ailleurs, selon certaines interprétations, le symbole de l'Illumination. Selon d'autres interprétations, l'unicorne symboliserait également la notion tantrique de transformation de l'énergie physique en énergie spirituelle, l'esprit d'éveil, la compassion, la non dualité et donc la paix intérieure. On peut voir de tels exemplaires encore en place dans certains monastères tibétains, en particulier celui du Joklang, à Lhassa au Tibet central. C'est d'ailleurs probablement d'un important monastère de cette région que proviendraient ces deux œuvres exceptionnelles, qui pourraient dater du XVIIe siècle "étant donné la sensibilité dont elles témoignent, souvent moins perceptible au siècle suivant qui produisit des pièces au caractère plus stéréotypé". On peut supposer qu'elles furent exécutées par des artistes appartenant à l'ethnie des Newars, originaires de la vallée de Kathmandu, habiles dans la technique du martelage et qui travaillèrent beaucoup à la décoration des toitures des monastères et temples tibétains, en particulier au Tibet central. En effet, les examens du Laboratoire des musées de France ont mis en évidence la virtuosité technique de fabrication des daims, finement martelés dans un cuivre pur de 1 à 2 mm d'épaisseur. Aucun des exemplaires connus à ce jour – le musée Rietberg, à Zurich, en conserve deux de belle facture mais n'appartenant pas à la même paire - n'atteint la magnificence et l'exceptionnelle qualité de ces pièces. Elles témoignent non seulement du haut niveau spirituel et artistique de la culture tibétaine menacée de disparition aujourd'hui, mais aussi se situent parmi ces œuvres archétypiques qui transcendent les contingences historiques et géographiques pour délivrer un message d'amour et de beauté universel. Marie-Pierre FOISSY-AUFRERE


- Croyance - Religieux -
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Informations
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Nom de l'artiste :
Genre : Ustensile
Domaine 1 : Croyance - Religieux
Datation : - / 1600 / 1800
Période : Période moderne (1492-1789)
Provenance :
Dimensions : 0,44 x 0,43 x 0,18 m
Matière : Cuivre pur martelé et doré à l'amalgame de mercure
Technique : Sculpture
Commission FRAM : 1999
N° inventaire : 99.3.1 et 2
Expositions
Bibliographie exposition :
Francesca-Yvonne CAROUTCH, Le mystère de la licorne - A la recherche du sens perdu, Paris, 1997, p. 332.