Collections
Intérieur de synagogue dans les Etats du Pape    [ Photographie ]
Si l'on excepte la synagogue qui est notre plus bel "objet", les collections du Musée juif comtadin sont des témoignages, riches de sens avant toute autre considération. L'acquisition d'un tableau, c'est se doter d'une puissance d'évocation par l'image que l'on pourra comparer à la réalité des vestiges cavaillonnais. A quel titre ? Evoquer la sociologie des communautés juives résidant dans l'ensemble des états du pape aux XVIIe –XVIIIe siècles et remettre en séquence la forme architecturale des synagogues comtadines, originale en soi, mais dont la plus proche parenté morphologique se situe en Italie du Nord, plus spécialement à Venise, ainsi à la Scola Levantina,. Cette peinture renseigne ces deux points de vue. Etait-ce dû à l'ancienneté pour ne pas dire à l'antiquité de leur fondation ici, au côté à la fois refermé sur eux-mêmes des ghettos et foncièrement intégré à la culture provençale environnante, les Écoles du Comtat répondent à une coutume et partant à une architecture nulle part ailleurs attestées. L'espace liturgique s'affirme dans tout le volume de la salle de prières, éloignant du tabernacle le pupitre de lecture juché sur une tribune qui lui fait face. Les femmes, situées à part et généralement dans les parties hautes sont logées ici à l'inverse dans une salle basse. Ces traits sont connus par des textes et sont encore visibles dans les deux seuls édifices conservés du XVIIIe siècle : Cavaillon et Carpentras. Qu'en était-il un siècle auparavant, date probable du tableau ? Ce particularisme n'est sans doute pas apparu subitement, à quand remonte son apparition ? Le port d'un signe particulier, obligatoire depuis le concile du Latran en 1214, a pris à l'époque moderne la forme d'un chapeau jaune, marque d'exclusion et de tolérance mêlées, réservée aux seuls états pontificaux. Pour être attestée, cette réalité était jusqu'alors bien peu connue par la représentation figurée. A l'occasion de la restauration de la synagogue de Cavaillon, nous avons certes retrouvé une petite pièce de soie jaune glissée dans une pochette sous les lambris du XVIIIe siècle… Le fait de donner à voir une communauté, représentée en tant que telle avec cette marque, est d'un intérêt exceptionnel. Si le lien de cette toile avec les états pontificaux ne paraît pas contestable, s'agit-il pour autant d'une synagogue comtadine ? Bien qu'anonyme, quelle est la nature du regard de l'auteur, témoin extérieur ou peintre issu de la communauté des juifs ? L'attribution du décor, le caractère des luminaires, des costumes, la composition de l'assemblée et des deux “visiteurs” à gauche, enfin, le rythme du rouge et or renvoient-ils à une référence provençale ? La disposition même des principaux éléments constitutifs de la salle commune - tabernacle, table de lecture et principe de séparation des sexes - correspond davantage à une définition plus "universelle" que comtadine. A l'occasion du centenaire de la naissance de Darius Milhaud, "juif de Provence", ainsi qu'il se définissait lui-même, une commande de peintures auprès d'une artiste-illustrateur - Antonella Savelli-Bolliger - pour un livre destiné aux enfants a été l'occasion de raconter en quatre langues ce que fut la vie au ghetto. C'est dans ce foisonnement d'images contemporaines que cette vision, inespérée, a pris sa place. Sylvie GRANGE


- Artistique - Croyance - Religieux
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Informations
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Nom de l'artiste :
Genre : Photographie
Domaine 1 : Artistique
Domaine 2 : Croyance - Religieux
Datation : - / 1600 / 1700
Période : Période moderne (1492-1789)
Provenance : Vente publique (Ader Tajan)
Dimensions : 0,74 x 0,98 m
Matière : Huile sur toile
Technique : Peinture
Commission FRAM : 1992
N° inventaire : MJC 92.1.001
Expositions
Bibliographie exposition :