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Manuscrit de Monteux sur le ghetto d'Avignon    [ Document - Archive ]
Comment expliquer, au XVIIIe siècle, l'existence d'un ghetto à Avignon ? L'Église, prise dans sa dimension spirituelle, est à l'origine des principes de distinction attachés à la communauté de religion juive qui, tout au long du Moyen Age, vont conduire les pouvoirs politiques en Europe à chasser de leurs terres des populations, de ce fait jugées indésirables. En 1394, l'annexion de la Provence par le royaume de France réduit leur implantation aux seuls États dépendant du pape dans notre région : Avignon et le Comtat Venaissin. En effet, l'Église prise cette fois dans sa dimension temporelle, tolère ce peuple car il est témoin d'une commune histoire, celle que recouvre l'Ancien Testament. Il est aussi celui que l'on réprouve comme ayant condamné le Christ, un puissant faire-valoir d'une chrétienté triomphante. Ces communautés juives d'Avignon, de Carpentras, Cavaillon et l'Isle-sur-Sorgue, à la fois protégées et contraintes, développèrent une culture très originale, juive autant que provençale. Malgré des travaux récents effectués essentiellement sur des fonds français ou provençaux et non hébraïques, leur existence passée demeure aussi exceptionnelle qu'énigmatique. C'est dire si toute contribution supplémentaire prend de l'importance : des quatre Carrières (ghetto en provençal) établies autoritairement au début du XVIIe siècle, le ghetto de Cavaillon est le seul conservé dans le tissu urbain actuel. Dans la logique d'un musée de site, le projet scientifique et culturel est fondé sur la révélation au public de vestiges qu'un parcours permettrait de remettre en séquence : bains rituels, boulangerie ou synagogue des femmes, synagogue des hommes, musée qui serait déplacé à l'intérieur de demeures du XVIIIe siècle, mitoyennes de la synagogue. Particulièrement éloquent sur le cadre de la vie quotidienne dans la Carrière (règles de vie imposées aux femmes, instauration d'un rang dans l'affectation des places à l'intérieur de la synagogue, contestations, port d'un signe distinctif), le manuscrit de Monteux sur le ghetto d'Avignon est précieux. Il est aussi parfaitement représentatif de l'abandon progressif de ces lieux d'oppression, dès avant l'émancipation qu'apportera le rattachement à la France. Il vient compléter un fonds d'archives - très peu - et de livres de prières - beaucoup - déjà largement majoritaire dans la collection, apportant un témoignage vécu que la tradition orale – du fait de la dispersion géographique des juifs provençaux – ne nous donnera sans doute jamais. Sylvie GRANGE


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Informations
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Nom de l'artiste : MONTEUX Nathan
Genre : Document - Archive
Domaine 1 : Autre
Manuscrit
Datation : - / 1750 / 1800
Période : Période moderne (1492-1789)
Provenance : Vente publique (Ader Picard Tajan)
Dimensions : 0,27 x 0,19 x 0,025 m
Matière : Manuscrit sur papier, reliure vélin
Technique :
Commission FRAM : 1990
N° inventaire : MJC 90.1.001
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