Action pédagogique
Médiation en maison d'arrêt
[ 2005-06-02 ]
Objectif : porter l'offre culturelle et l'ouverture au musée auprès de personnes qui ne peuvent pas les visiter. Permettre l'accès à la culture, inviter au débat et à la découverte à partir des collections des musées.
Depuis 1998, le Musée International de la Parfumerie est présent à la Maison d'Arrêt de Grasse auprès des majeurs.
Depuis 2002, des ateliers expérimentaux ont été lancés dans le quartier des mineurs de la prison.
Le musée n'a pas pour ambition de les «sauver», de les juger, de les défendre. Là n'est pas son rôle, des professionnels agissent déjà auprès d'eux. L'objectif est d'entretenir les liens entre le monde d'hier et d'aujourd'hui en interrogeant le sens et en stimulant les sens. La médiation culturelle au sein de ces structures spécialisées est vitale.
Ces ateliers ne visent donc pas l'immédiateté mais s'inscrivent dans une durée. Calendrier des interventions : toute l'année, une demi-journée une fois par semaine. Exception pour le quartier mineurs : tous les matins durant une semaine pendant les vacances scolaires seulement.


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Informations pratiques
Public :
Publics spécifiques
Nombre de participants maximum : 5


Déroulement :
Le cadre carcéral rend la relation à la fois plus difficile, plus exclusive et plus forte. L'attention de chacun se focalise en effet sur chaque geste et chaque parole. Rien ne peut être laissé au hasard. Tout ce qui advient durant ce moment exclusif devient donc un événement qu'il va falloir installer dans la durée. L'atelier est le lieu de «l'impossible» ou tout est possible : les odeurs ouvrent les portes et libèrent la paroles. Dans un premier temps : confrontation aux odeurs, celles-ci en provoquant un choc sensible et émotionnel déclenchent une avalanche d'impressions qu'il faut écouter, organiser et approfondir. Dans un deuxième temps : les détenus sont demandeurs et initiateurs, ils réalisent et inventent. Confronter les détenus aux odeurs passées, aux modes de fonctionnement olfactifs d'autres civilisations, interroge forcément leur identité socio-culturelle. Cette rencontre avec les différents univers parfumés permet de toucher à l'identité de chacun et de regarder l'autre différemment. Au quartier des mineurs les ateliers doivent être intensifs, très actifs, et modulables. Les participants ne doivent pas excéder plus de quatre personnes, afin d'éviter les débordements et les phénomènes de groupes. Les principaux objectifs demeurent les mêmes qu'au quartier des majeurs. Par le biais des odeurs, des parfums et des arômes il s'agit de : - Susciter leur curiosité et l'intérêt à tout ce qui les entoure. - Donner du sens au monde dans lequel ils vivent. - Les intéresser à l'histoire des hommes et de leurs savoir-faire en partant de la parfumerie. - Pousser les participants à s'engager dans une démarche constructive et non pas destructive. - Les inviter à la recherche et à l'utilisation de mots pour communiquer et transmettre. Ce face à face nécessite de constantes remises en jeu et en cause, exigeant de rebondir systématiquement sur ce qu'ils expriment afin qu'aucune parole ne se perdre et ne se vide de sens. Il faut également renouveler et augmenter constamment le stock d'images afin de répondre plus rapidement à leur questionnement, à leur envie de savoir et de voir. Les images sont plus faciles d'utilisation que des diapositives qui supposent une grande attention or, il est nécessaire d'alterner odeurs, discussions, images, questions, écoute, réponses etc. Cela demande donc, de la part de l'animatrice, un engagement total et un investissement personnel important pour une prise en compte de chacun, une écoute respectueuse permanente, une honnêteté vis à vis d'eux, une confiance en eux et en soi afin d'établir un climat propice à l'échange et à la coopération. Il faut savoir s'autoriser à prendre du temps pour laisser germer les idées, les envies, les questions et finalement les mettre en état de «demandeurs» : ce sont eux qui souhaitent un crayon, un papier pour noter, ou encore qui veulent savoir où aller chercher tel mot ou tel renseignement. Il faut donc s'adapter à leur rythme de zapeurs tout en essayant de les inviter à un autre rythme plus long, plus calme. En outre il faut accepter que ce fragile équilibre bascule, il s'agit d'un univers extrêmement violent et composé de personnes blessées voire blessantes. C'est pourquoi tout est possible, le meilleur comme le plus mauvais, un bilan est fait avec les travailleurs sociaux et dans le cas d'échanges trop violent avec la psychologue. Malgré tout le Musée International de la Parfumerie a su trouver sa place au sein de la prison. Il faut noter également que le regard des surveillants de la Maison d'Arrêt sur les musées évolue au fil du temps, ils sont eux-mêmes devenus demandeurs d'informations.

Exemples de quelques réalisations : - Constitution d'une carte d'identité olfactive puis composition d'un mélange parfumé qui devient un «autoportrait olfactif» et qui est systématiquement donné à sentir à l'extérieur. Ces réactions extérieures sont recueillies sur une feuille qui leur est ensuite remise : Si ce mélange était un homme comment l'imagineriez-vous ? «Dynamique, puissant, en mer, sur un bateau, plutôt petit (!)» ; «Grand, brun, dynamique, costume cravate!, entreprenant, soigné et qui a du caractère… » Je n'aurais pas pensé que les autres me sentent comme ça! (Rachid). - Écriture en commun d'une Histoire parfumée et composition de mélanges en lien avec celle-ci. - Réalisation commune d'un mini Guide du Musée revisité. Pour les mineurs, construction d'un livret : Le «car-nez» de bord olfactif rassemble leurs impressions, leurs mots, leurs souvenirs, autrement dit leur histoire personnelle et l'histoire de chacune des odeurs. Livret qu'ils gardent et qui entraîne généralement beaucoup de réactions.

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